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09.06.2008

L'OMBRE DU TIBET SUR LES JO DE PEKIN

Il aura fallu les démonstrations d'abord pacifiques des moines des grands monastères de

Lhassa, drapeaux tibétains en tête, du 10 mars; des heurts violents quatre jours plus tard,

quelque débordements civils anti-chinois dans l'ancienne capitale du Tibet; une répression

brutale, des morts et des arrestations par dizaines sur place; la révolte identitaire

embrasant l'ensemble du territoire historique tibétain; le bouclage hermétique de la région à

tout étranger, quel qu'il soit; le parcours chaotique de la torche olympique à travers le

monde; les protestations de milliers de sympathisants de la cause tibétaine à chaque étape

d'un périple conçu par ses organisateurs chinois comme un hommage planétaire à

l'affirmation de la puissance nationale (impériale?) retrouvée; les critiques timorées de

dirigeants politiques arrachés à leur torpeur par le sursaut de dignité outragée des

Tibétains; les appels d'abord "à la retenue", puis "au dialogue" de quelques responsables de

la gestion des affaires du monde et de plusieurs gouvernements poussés à s'exprimer par

leur opinion publique - pour renouer un contact suspendu depuis plus d'une année entre les

émissaires du dalaï-lama, au nom de la communauté tibétaine en exil horrifiée par la

nouvelle épreuve endurée par le siens sur le sol ancestral, et des représentants des

autorités chinoises qui imposent leur loi sur place au Tibet. Sous cette pression conjuguée

et dans la nécessité de calmer le jeu à l'approche justement des JO, une rencontre a bien eu

lieu à Shenzhen le 4 mai, à huis clos, dans une 'zone spéciale' au sud de la Chine. Les plus

optimistes avaient alors relevé que pour la première fois, un entrefilet dans la presse

nationale chinoise avait explicitement signalé des discussions avec des "représentants du

dalaï-lama", alors que lors des fois précédentes, il ne s'agissait que de "visite de

compatriotes d'outre-mer à leurs familles." Rien pourtant n'a filtré, sinon que les discussions

allaient se poursuivre. Une date avait même été envisagée - le 11 juin, subitement reportée

début juin à cause du séisme au Séchouan.

Fortuit certes, le contraste n'en est que plus frappant entre ces deux événements

majeurs qui auront marqué la période immédiate d'avant les jeux en Chine: en mars-avril,

la flambée de mécontentement dans les régions tibétaines alimentée aussi par l'obstination

des tenants du pouvoir chinois de faire passer la flamme sur la plus haute montagne du

monde comme pour bien marquer leur détermination à ne rien céder au Tibet, et le

tremblement de terre meurtrier du 12 mai dans le Séchouan, où d'après les premières

explications lapidaires d'experts géologues, "le Tibet pousse la Chine vers l'Est". Avec une

efficacité aussitôt remarquée, le gouvernement chinois a organisé les opérations de secours,

dépêchant sur place soldats, personnel médical et matériel, comme pour montrer au monde

son souci immédiat du bien-être des habitants; il est vrai que des drames antérieurs,

récents comme les tempêtes de neige du début de l'année ou plus anciens, comme un

précédent tremblement de terre de grande envergure il y a une trentaine d'années, ont

servi d'avertissement à propos de ce qu'il pouvait en coûter en termes de propagande. Cet

effort à la fois de sauvetage et de relations publiques s'est avéré payant, tant pour les

victimes que pour détourner l'attention de l'opinion de sujets toujours névralgiques.

Dans le même temps, le Tibet demeure bouclé, relégué loin à l'arrière-plan d'un flot

d'images et de commentaires qui défile, un désastre chassant l'autre. Ce qui ne veut

nullement dire qu'il ne se passe rien au Tibet, coupé du monde comme aux pires moments

de l'enfermement maoïste. Trois visites officielles dûment chaperonnées - la première d'une

poignée de journalistes anglo-saxons, la deuxième de quelques diplomates en poste dans la

capitale chinoise et la troisième début juin de journalistes chinois de Hong Kong, Macao et

Taiwan ne suffisent évidemment pas à donner des explications ni des éclaircissements sur

ce qui s'est passé et sur ce qui se passe actuellement dans la Région dite autonome. Quant

aux zones tibétaines pourtant durement touchées par le séisme, les journalistes en sont

toujours tenus à l'écart, les rares informations disponibles émanant d'habitants sur place

relayés par des parents proches ou lointains en exil. Ces nouvelles ne sont guère

encourageantes: poursuite des campagnes de "rééducation patriotique" dans les

monastères et les campagnes, arrestations de moines, de nonnes et de civils comme par

exemple du côté de Kardzé, des procès expéditifs avec pour les accusés des avocats

commis d'office, alors que des juristes chinois qui s'étaient proposés pour les défendre se

sont vus retirer leur brevet d'exercer. Et de lourdes condamnations - pour l'exemple. Et si la

décence commande de ne pas s'en prendre à quiconque se trouve précipité dans le

malheur, est-ce une raison suffisante de faire opportunément l'impasse sur des abus

persistants en matière des droits de l'homme en Chine?

Les jeux au mépris des droits de l'homme

Les signaux contradictoires ne manquent d'ailleurs pas. Si la rencontre du 4 mai à

Shenzhen laissait entrevoir une mini-ouverture et a été bruyamment saluée de divers côtés

comme un "premier pas encourageant", la presse chinoise pour sa part redouble

parallèlement d'attaques et d'insultes contre le dalaï-lama, accusé de tous les maux et

d'être à l'origine des récents troubles au Tibet. Commentateurs et analystes se montrent

dubitatifs quant à la portée du geste, estimant qu'il peut fort bien s'agir d'une manoeuvre

de diversion en vue d'assurer à tout prix la réussite de l'offensive de charme des JO.

Certains dissidents chinois n'hésitent pas à mettre en garde l'opinion internationale contre la

duplicité du régime chinois, reprochant à celui-ci de vouloir sciemment tromper le monde.

Ainsi, lors de la 8e session du Conseil des droits de l'homme des Nations unies à Genève, le

représentant chinois s'est opposé avec virulence à ce que Takna Jigmé Sangpo témoigne de

ce qu'il a vécu dans les geôles du régime, sous prétexte qu'il devait s'exprimer "dans une

langue officielle de l'organisation". Mieux encore, l'honorable diplomate a tenu à répéter que

la question du Tibet "n'est pas une question ethnique ou religieuse, ni une affaire

concernant les droits de l'homme", mais qu'il s'agissait de "protéger l'unification nationale"

et que cette question "est entièrement une affaire de politique intérieure de la Chine, qui

concerne la souveraineté du pays". De quoi s'interroger sur la substance des discussions

promises, alors que dans ce contexte, les positions demeurent toujours aussi éloignées.

Les Tibétains, eux, ne semblent guère se bercer d'illusions. En Inde, la communauté

exilée tente de se faire entendre et d'exprimer ses aspirations, alors que les responsables

indiens toujours aussi embarrassés face à leur propre dilemme n'hésitent pas à faire preuve

d'autoritarisme, tout en espérant que des pourparlers avec leurs homologues chinois

parviendront un jour à chasser les vieux démons pesant sur les relations entre les deux

pays. Ce qui n'est pas gagné d'avance, à en juger d'après les nouvelles revendications

chinoises affirmées sans vergogne sur l'Arunachal Pradesh, sous prétexte que Tawang, petit

localité himalayenne où est né le VIe dalaï-lama, doit leur revenir, puisqu'il s'agit d'une terre

tibétaine... CQFD, n'est-ce pas? Le terrain est mouvant sur lequel s'engage l'analyse car,

au-delà même de son poids politique, économique et géostratégique, la question tibétaine

ainsi ramenée sur le devant de la scène se pose en termes de symboles. A l'heure où Pékin

s'efforce d'assurer le succès de son entrée triomphale sur l'échiquier mondial par le sacre

olympique, le peuple tibétain se rappelle au souvenir de la communauté internationale en

exprimant sa volonté de survie dans la liberté. Dès lors s'affrontent, sous un regard

extérieur parfois médusé, deux lectures et donc deux interprétations des mêmes faits qui en

deviennent symboliques. Avec en arrière-fond, la dictature au défi de la démocratie: un

enjeu qui ne concerne pas seulement les Tibétains et leurs voisins chinois, une raison de

plus de persévérer.

Claude B. Levenson.

Lettre d'Information de Juin 2008

04.06.2008

4 juin 1989: la Déesse de la Démocratie assassinée sur la place Tiananmen.

835208011.jpgEntre 15 avril et le 4 juin 1989, la placeTiananmen à Pékin fut le théâtre de manifestations pacifiques en faveur de la démocratie en Chine. Étudiants, intellectuels et ouvriers dénonçaient par milliers la corruption et exigeait des réformes politiques tout en vénérant la Déesse de la Démocratie. 
La contestation s'étendit à la plupart des grandes villes de l'Empire du Milieu. Les grèves de la faim en vinrent à se succéder sur la grand place de la capitale chinoise. 

Le 20 mai 1989, le République populaire de Chine proclamait l'état de siège. Le 4 juin suivant, c'était la répression sous les chenilles des chars. 
Sur  la photo de référence, on voit l'image historique d'un jeune contestataire qui fait, seul, front à une colonne de blindés de l'Armée populaire de Libération. 
S'il est clair que l'intervention fit un assez grand nombre de victimes, leur nombre varie nettement suivant les sources. Le gouvernement Chinois donne 300 morts dont 23 étudiants, les sources occidentales et la Croix Rouge chinoise suggèrent de 2600 à 3000 morts (pour la seule ville de Pékin, aucune donnée n'est disponible pour les affrontements en province). 
S'en est également suivi une vaste répression politique et des emprisonnements en série. 
Aujourd'hui Washington exhorte Pékin à libérer les prisonniers de Tiananmen. 
Selon France 2, Les États-Unis ont exhorté mardi la Chine à donner un bilan complet du massacre de la place Tiananmen en 1989. 
Washington appelle aussi Pékin à libérer tous les prisonniers politiques détenus depuis 19 ans, a indiqué le porte-parole du département d'État, Sean McCormack, à la veille du 19ème anniversaire de la répression sanglante des manifestations étudiantes. 
50 à 200 personnes seraient toujours derrière les barreaux depuis ces événements. (voir aussi
Le Point & Aujourd'hui la Chine)  
Et on ne peut que se joindre aux exhortations des dirigeants américains sachant que Pékin s'est engagé devant le CIO à respecter l'idéal olympique ce dont la Communauté internationale a été conduite à douter après les récents événements au Tibet ainsi que la condamnation de citoyens chinois en raison de leur liberté d'opinion et de pensée.
Alors en ce 4 juin 2008, brandissons bien haut l'idéal olympique et l'idéal représenté par la Déesse de la Démocratie assassinée ce jour-là à Pékin sur la grande place de la Paix céleste .....
Libre Opinion.

26.05.2008

Le dalaï-lama au Financial Times : « Oui, personnellement, je veux aller aux J.O. »

1537939099.jpgLe 24 mai 2008, une équipe éditoriale du « Financial Times » a rencontré le chef spirituel et temporel du Tibet à Nottingham en Angleterre pour une interview reproduite in extenso en date du 25 à 18:30 dans les colonnes en ligne du grand quotidien britannique.

A cette occasion le prix Nobel de la Paix 1989 s’est à nouveau exprimé sur une éventuelle invitation de la part de Pékin à assister aux prochains Jeux olympiques dans la capitale de l’Empire du Milieu.

« Oui, personnellement je veux y aller » a déclaré le hiérarque tibétain tout en assortissant cette réponse positive à certaines conditions.

La suite sur http://rangzen.rmc.fr/

Rappelons que c'est Rangzen et Libre Opinion qui ont lancé le 25 avril 2008 sur La Toile un appel "Que Pékin invite le dalaï-lama aux J.O." appel à une invitation qui, selon l'agence Reuters, a fait depuis l'objet de plusieurs rebondissements. Voir également le compte-rendu de l'affaire sur Le Post: http://www.lepost.fr/article/2008/05/26/1198302_le-dalai-lama-au-financial-times-oui-personnellement-je-veux-aller-aux-j-o.html

La question a donc été posée le 25 avril 2008, quel pourra être le rôle de Nicolas Sarkozy, premier magistrat de la République des Droits de l'Homme, une fois parvenu à la présidence de l'Union européenne, pour favoriser une juste solution de la question tibétaine à l'occasion des J.O. de Pékin ?

Rangzen avec Libre Opinion

 
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